Les lacs et rivières du Québec de moins en moins accessibles

25 juin 2026

Selon la Fédération québécoise des pêcheurs et chasseurs, les lacs et rivières du Québec sont de moins en moins accessibles.

Voici une lettre ouverte qu’elle publiée à cet effet dans Le Journal de Montréal, le 2 juin dernier.

« Le Québec est façonné par ses lacs et rivières. Pourtant, l’accès à ses plans d’eau disparaît peu à peu et nous nous fermons les yeux.

« Avec plus de 500 000 lacs et 4 500 rivières, le Québec est l’un des territoires les plus riches en eau douce au monde.  À l’approche de l’été, alors que plusieurs s’imaginent déjà au bord de l’eau, les pieds dans un lac, cette réalité prend une résonance particulière.  Pour de nombreux citoyens, accéder à un plan d’eau, que ce soit pour pêcher, y mettre une embarcation à l’eau, se baigner ou simplement profiter de l’espace, est devenu un défi réel.

« Dans plusieurs municipalités, les accès publics se transforment progressivement. Certains sont fermés, d’autres restreints, parfois coûteux ou plus difficiles à utiliser. D’une municipalité à l’autre, les règles varient, les réalités diffèrent et les disparités s’accentuent. Cette situation s’explique par une combinaison de facteurs : pression immobilière sur les rives, décisions municipales, fragmentation des règles de gouvernance, en plus d’enjeux environnementaux comme la gestion des milieux sensibles et la propagation des espèces aquatiques envahissantes. Ce phénomène s’installe graduellement, souvent sans débat public structuré, mais ses effets se font de plus en plus sentir.

« La situation touche certes de plein fouet les pêcheurs, qui voient leurs possibilités d’accès à certains plans d’eau se complexifier à certains endroits. Elle concerne toutefois un ensemble beaucoup plus large d’usagers : les amateurs de plein air, les familles, les pagayeurs, les plaisanciers ou encore les personnes qui souhaitent simplement accéder librement aux rives et maintenir un lien direct avec les milieux naturels.

« Au-delà des pratiques spécifiques, c’est donc la capacité même de profiter du territoire et de ses milieux aquatiques qui est en jeu. Que reste-t-il d’un territoire d’eau si son accès devient restreint ?

Concilier accessibilité et protection environnementale

« Les réalités municipales sont elles aussi complexes, entre les coûts liés aux infrastructures, la cohabitation des usages, la protection des milieux et la nécessité de lutter contre la propagation des espèces aquatiques envahissantes. Les préoccupations environnementales sont légitimes et doivent faire partie intégrante des solutions.

« Mais protéger les milieux aquatiques ne devrait pas automatiquement signifier réduire l’accès à un plan d’eau. Au contraire, plusieurs initiatives démontrent qu’il est possible de mieux en organiser l’accès de manière responsable et durable.

« L’Ontario, tout comme plusieurs États américains, ont mis en place des modèles favorisant un accès plus simple, incluant dans certains cas la gratuité des accès. Ces exemples montrent qu’il est possible de réfléchir autrement à l’équilibre entre accessibilité, protection des milieux et gestion du territoire.

« Au Québec aussi, des initiatives existent déjà : collaboration entre municipalités et organismes locaux, amélioration des infrastructures, projets de cartographie, sensibilisation des usagers et démarches de concertation régionales. Encore faut-il mieux documenter ces réalités, les faire connaître et favoriser le partage des solutions qui fonctionnent. Dans cette perspective, la FédéCP prévoit dévoiler prochainement différentes initiatives liées à la protection des milieux aquatiques, notamment le développement de stations de lavage en collaboration avec différents partenaires.

Documenter pour mieux agir

« C’est dans cette perspective que la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FédéCP) amorce une démarche visant à documenter la situation de l’accès aux plans d’eau à travers le Québec.

« L’objectif est simple : faire remonter les réalités vécues sur le terrain, mieux comprendre les enjeux régionaux et contribuer à identifier des pistes de solutions concrètes. Cette démarche ne pourra toutefois pas se faire sans la participation des citoyens, des associations et des communautés locales. Partout au Québec, les réalités diffèrent. Ce sont les usagers du territoire qui sont les mieux placés pour témoigner des obstacles rencontrés, des besoins réels et des initiatives qui méritent d’être mises en lumière.

« Documenter cette réalité ne pourra pas se faire sans les citoyens. Partout au Québec, ce sont les usagers qui voient, au quotidien, les accès disparaître, se restreindre ou se transformer. Dans le cadre de cette démarche, la FédéCP invite les citoyens à répondre à un questionnaire visant à mieux documenter les enjeux d’accès aux plans d’eau partout au Québec.

Un enjeu qui appelle une prise en charge politique

« Il devient par ailleurs essentiel que l’enjeu soit pleinement reconnu et pris en charge par les élus et les décideurs publics qui disposent d’une influence nécessaire pour intervenir. L’évolution actuelle de la situation soulève des questions de cohérence réglementaire, d’équité territoriale et de gestion du territoire qui dépassent largement les réalités locales ou les initiatives ponctuelles.

« L’accès à l’eau n’est pas un enjeu marginal. C’est un enjeu de territoire, d’équité, de qualité de vie et de patrimoine collectif.

« Le Québec est en train de perdre quelque chose tranquillement, presque sans s’en rendre compte…les yeux fermés. »

Pierre Caron

Président de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs

Voir également sur le même sujet cet article de la FédéCP.

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