Manquer d’eau pour sauver un phare !

14 mai 2026

Troisième plus ancien phare du Saint-Laurent après ceux de l’île Verte (1809) et de Pointe-des-Monts (1830), le phare du Pilier-de-Pierre, est entouré d’eau à perte de vue, et pourtant, les travaux de sa restauration ont failli s’arrêter par manque… d’eau douce ! On pourrait croire que la proximité du Saint-Laurent faciliterait les choses, mais l’eau du Fleuve était, ironiquement, inutilisable pour sauver la tour.

Le problème, c’est le sel. L’eau qui entoure l’îlot est saumâtre (légèrement salée). Si on l’utilise pour préparer le mortier, le sel ronge la structure de l’intérieur, ce qui fait éclater la pierre lors des cycles de gel. Pour garantir que la tour tienne un autre siècle face aux tempêtes, les Amis du Port-Joli ont dû relever un défi logistique fou : acheminer par péniche plus de 3 600 litres d’eau potable depuis le quai du village de Saint-Jean-Port-Joli jusqu’au rocher.

C’est grâce à cette eau « de terre ferme » qu’ils ont pu réaliser un rejointoyage de précision. Ce mot technique désigne l’action de vider les vieux joints usés pour les remplir d’un mortier protecteur tout neuf. C’est un peu comme refaire le calfeutrage de vos fenêtres à la maison pour empêcher l’humidité d’entrer, mais à 18 mètres de haut. Sur des échafaudages battus par les embruns !

Grâce à cet effort colossal et à la persévérance de la communauté, la tour de 1843 a retrouvé sa jeunesse :

– Une structure solide : des pierres grises d’Angleterre à l’extérieur et de la brique à l’intérieur pour contrer l’humidité et le feu.

– Des matériaux nobles : les anciennes fenêtres en pin ont laissé place à de l’ACAJOU, un bois exotique qui agit comme une armure contre le climat maritime extrême.

– Un intérieur éclatant : après 48 ans d’abandon, les quatre étages ont été nettoyés au jet d’eau et repeints. On y a même installé des colonnes de bois massives pour soutenir le plancher du deuxième étage.

– Une lanterne moderne : la tourelle rouge, autrefois équipée d’une vieille optique de 1960, brille maintenant grâce au système Maxled-200, le premier du genre sur le Saint-Laurent.

Aujourd’hui, quand on regarde vers le large depuis la Marina du Parc Nautique Saint Jean Port Joli, on ne voit pas juste une tour, mais le résultat d’une logistique formidable  et d’une passion locale qui refuse de voir ce patrimoine s’effriter.

Un peu d’histoire

Depuis 1843, le phare du Pilier-de-Pierre dresse sa tour cylindrique de 18,3 mètres coiffée d’une lanterne au toit rouge sur un dangereux récif du chenal Sud de l’estuaire du fleuve Saint-Laurent, à 6 km au sud-est de Saint-Jean-Port-Joli, et à 100 km de Québec.

La corporation Les Amis du Port-Joli est un organisme à but non lucratif dédié à la sauvegarde du patrimoine maritime de Saint-Jean-Port-Joli, particulièrement le quai et le phare du Pilier-de-Pierre. Créé en 1996, ce groupe de bénévoles assure l’entretien des structures, installe des panneaux d’interprétation et met en valeur l’histoire locale.

En 2015,  la Corporation Les Amis du Port-Joli devient propriétaire du phare. La même année, grâce aux efforts soutenus de la Corporation, Parcs Canada déclare le phare patrimonial. Puis en 2021, c’est au tour du gouvernement du Québec de classer l’immeuble patrimonial.

Du beau travail!

Sources : Marina Parc Nautique Saint Jean Port Joli et Lorraine Guay, géographe et auteur

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